| CIDOC BULLETIN | Volume 7, aôut 1996 |
| [in English] |
Selon Interpol, le vol et le trafic clandestin d'objets culturels sont devenus l'une des formes dominantes de la criminalité internationale. Les personnels chargés de la lutte contre le commerce illicite soulignent qu'un objet volé ou exporté illégalement est impossible à retrouver s'il n'a pas été photographié et dûment décrit. Même en supposant que ces précautions aient été prises, il est essentiel dans ce cas que les informations soient transmises de manière efficace aux organisations qui sont en mesure de contribuer à la récupération d'un objet. Idéalement, les informations devraient pouvoir circuler aussi rapidement, voire plus rapidement que l'objet, franchissant les frontières nationales et atteignant de nombreuses organisations.
Ayant identifié ces besoins, le Getty Information Institute a lancé un projet de collaboration - "International Documentation Standards for the Protection of Cultural Objects" - qui préconise la compilation de descriptions d'objets sous un format normalisé. Un accord relatif aux informations contenues dans les descriptions d'objets est un préalable essentiel au développement de réseaux d'information efficaces nécessaires à la lutte contre le commerce illicite. L'un des problèmes à cet égard est que les besoins d'informations varient d'une organisation à l'autre. Ainsi, les services de police demanderont des informations différentes de celles requises par les musées. Mais tous deux ont besoin de descriptions permettant l'identification de l'objet. Cette information essentielle pourra inclure notamment la matière dont l'objet est fait, ses dimensions, tous traits caractéristiques et sa date de création.
Le premier pas vers un consensus sur le contenu de ces informations essentielles était l'identification des catégories d'informations considérées comme essentielles par les diverses instances qui ont un rôle à jouer dans la protection des objets culturels (tels les musées, les services de police, les compagnies d'assurances et le marché de l'art). Ces catégories ont été identifiées par une combinaison de recherches de base, d'entretiens et surtout d'études internationales au moyen de questionnaires. La première de ces études a été menée entre juillet et décembre 1994 par le Getty Information Institute avec le soutien du Conseil de l'Europe, du Conseil International des Musées et de l'UNESCO. Parmi les participants, originaires de 43 pays, figuraient de nombreux musées importants, des centres de documentation du patrimoine, INTERPOL et certains services judiciaires nationaux.
Pour l'étude des besoins d'informations du monde des musées, ce questionnaire abordait non seulement les institutions individuelles, mais également les normes existantes et les initiatives normatives. Parmi ces dernières figurent le modèle CIDOC, les catégories minimales d'information du CIDOC pour les objets de musée, les catégories d'informations AFRICOM de l'ICOM, le SPECTRUM du MDA, le Data Dictionary de CHIN et les Catégories pour la description d'oeuvres d'art de la Art Information Task Force.
Les résultats de l'enquête ont démontré qu'il existe un large consensus sur bon nombre des catégories d'informations qui sont susceptibles d'être incluses dans la norme proposée (les conclusions de l'enquête ont été publiées dans Protecting Cultural Objects Through International Documentation Standards, The Getty Art History Information Program, 1995).
Depuis lors, deux autres questionnaires ont été soumis, le premier aux spécialistes en assurances d'oeuvres d'art (1995), et le second aux experts en oeuvres d'art et antiquités (1996). Ces études démontrent que le consensus identifié par l'enquête de 1994 existe également au sein de ces deux milieux du secteur privé.
Très rapidement, le projet a permis d'identifier que l'état physique d'un objet fournit l'un des meilleurs moyens de l'identifier. Une reconnaissance mutuelle de la valeur des informations de condition physique a abouti à une collaboration entre le Getty Art History Information Program et le Getty Conservation Institute. Les deux programmes Getty ont constitué un groupe de travail spécialisé en conservation qui a examiné la manière dont l'enregistrement de caractéristiques physiques peut contribuer à l'identification. Le groupe de travail a notamment recommandé que le "noyau d'informations essentielles" devrait inclure une catégorie intitulée "signes distinctifs", dont l'objet serait d'enregistrer des informations relatives à toute caractéristique d'un objet permettant son identification certaine (p. ex. dommages, réparations, défauts survenus lors de la réalisation). Dans le but de poursuivre la réflexion dans cette direction, un membre du groupe a été chargé de développer une approche permettant la documentation visuelle des signes distinctifs.
La documentation visuelle est particulièrement importante pour l'identification des objets culturels. Les autorités judiciaires notamment estiment que sans une image, un objet volé ne saurait être récupéré et restitué à son propriétaire légitime. Il est généralement admis que les images d'un objet doivent faire partie des informations "essentielles". Forts de ce constat, le Getty Information Institute et le Getty Conservation Institute collaborent en vue de la préparation d'un guide de la photographie d'objets culturels, une publication qui mettra tout particulièrement l'accent sur la réalisation d'images pouvant être utilisées aux fins d'identification d'objets individuels.
Les résultats des enquêtes servent d'information de base à une série de tables rondes d'experts provenant des divers milieux concernés. La première de ces tables rondes réunissait des experts en documentation de musées et s'est tenue à Edimbourg en novembre 1995. Cette première rencontre a été suivie d'une réunion de spécialistes en assurance d'oeuvres d'arts tenue au siège de la Lloyds of London en mars 1996. Les rencontres prévues pour l'avenir immédiat réuniront les autorités judiciaires, les experts nationaux du patrimoine, le commerce de l'art et les organisations représentatives des experts en art et antiquités.
Un accord unissait les participants quant au contenu du "noyau".
A ce jour, les participants ont convenu que les catégories d'informations
suivantes devaient en faire partie :
Type d'objet
Support / matériau / techniques
Dimensions
Inscriptions / marquages
Signes distinctifs
Sujet
Titre de l'objet
Date / période / style
Nom de l'auteur
Description
Image
Une recommandation importante formulée par la réunion des spécialistes en documentation des musées était que la catégorie des "Signes distinctifs" suggérée par le groupe de travail de conservation, devait faire partie du "noyau" ; cette proposition a été suivie par la réunion des assureurs d'objets d'art.
Après l'identification du "noyau", la tâche suivante consistera à mettre ce modèle en oeuvre. Le projet a permis d'identifier des méthodes de promotion de l'utilisation de ce "noyau", dont notamment :
Le monde des musées, et le CIDOC en particulier, a joué un rôle important dans le processus d'identification de ce noyau d'informations essentielles. Le Getty Information Institute espère poursuivre la coopération avec d'autres instances lorsque le "noyau" entrera en phase de réalisation.
Robin Thornes
PO Box 2038
France BA11 3YD
Grande Bretagne
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