CIDOC BULLETIN

Volume 7, aôut 1996

   [in English]


LE PROJET AFRICOM DE NORMALISATION DES INVENTAIRES
Valérie Chieze

En novembre 1991, l'ICOM organisait au Ghana, au Bénin et au Togo, Ces Rencontres "Quels Musées pour l'Afrique ? Patrimoine en devenir".

De ces Rencontres qui ont réunis plus de 120 professionnels de musées est né le programme AFRICOM, programme de l'ICOM pour l'Afrique.

Ce programme se définit avant toute chose par un certain état d'esprit selon lequel les politiques muséales doivent être envisagées sur un plan continental, en insistant sur la cohérence des cultures sur une large échelle régionale et en faisant fi des barrières linguistiques entre anglophones, francophones et lusophones.

Dans cet esprit, le programme AFRICOM s'appuie sur le partage des expériences, la confrontation des pratiques professionelles et a pour objectif de valoriser les compétences des professionnels et des institutions africaines afin de crédibiliser leur action auprès de la communauté internationale.

L'ensemble des projets menés dans le cadre d'AFRICOM tente de répondre à ces exigences : la publication d'un "Répertoire des personnels de musées en Afrique" en 1993 en collaboration avec le WAMP, la publication de "Pillage en Afrique" en 1994, la tenue d'ateliers sur la lutte contre le traffic illicite des biens culturels en 1993 en Tanzanie, en 1994 au Mali et en 1996 au Zaïre, la publication d'un ouvrage sur "L'autonomie des musées en Afrique" en 1995, le projet de formation à l'éducation par les musées en Afrique (MEPOA), l'atelier de formation en gestion des musées en Tunisie en 1995.

Un Comité de coordination du programme constitué de professionnels des différentes régions et réseaux actifs en Afrique et qui se réunit deux fois par an depuis 1993, veille au bon développement des projets conformément à "l'esprit de Lomé".

La normalisation des inventaires des collections en Afrique

Le rapport de l'atelier du Ghana (nov. 1991) qui portait sur les thèmes "Conservation, statut et échanges du patrimoine en Afrique et hors d'Afrique" et "Le musée et la recherche" insistait sur l'urgence de réaliser des inventaires systématiques et normalisés des collections en Afrique :
"L'absence d'inventaire des collections, d'expositions temporaires, d'activités d'étude et de collecte, de documentation freine le développement de la plupart des musées en n Afrique. (...) A ces lacunes, s'ajoute l'absence d'échanges entre musées africains.

Afin de pallier à ces insuffisances, les participants à l'atelier d'Accra ont formulé des recommandations et suggéré les programmes ci-après :

Parmi les causes de destruction et de disparition des éléments de la culture matérielle, l'accent a été mis sur le pillage des sites archéologiques, le traffic illicite des biens culturels, les conditions climatiques exceptionnelles ainsi que le manque de personnel spécialisé..

Sur la base de ce constat :

C'est sur cette base qu'a été mis en oeuvre à partir de 1993 le projet de "normalisation des inventaires des collections en Afrique" qui est une des meilleures illustrations de l'esprit dans lequel AFRICOM travaille.

Six musées pilotes ont été sélectionnés pour travailler avec le CIDOC (Comité International pour la Documentation) à l'élaboration de normes et jouer chacun un rôle de centre régional d'appui à la réalisation des inventaires de collection.

Ces six musées pilotes au Mali, en Namibie, au Kenya, en Tunisie, à Madagascar et au Zaïre ont produit un ouvrage qui est le fruit de trois années de réflexion, discussions et de mise en pratique des normes proposées. Le travail a toujours été mené dans deux langues - français et anglais - et en concertation avec l'ensemble des musées africains qui ont reçu chaque année une nouvelle version du "Manuel des normes" et ont contribué à son amélioration.

Les six musées pilotes ne sont réunis en 1993 à Paris, en 1994 à Nairobi et en 1995 à Madagascar. Chaque réunion a permis de réajuster les normes à la réalité des collections africaines dans la mesure ou chaque année, chacun des six musées a documenté un corpus sélectionné de ses collections selon les normes retenues à la réunion prescédente. Aussi, a-t-on l'assurance que le "Manuel des normes" publié répondra aux besoins des musées en en Afrique.

La publication du manuel n'est qu'une première étape dans la stratégie qu'AFRICOM développe à travers ce projet. L'énorme travail accompli n'atteindra son objectif que lorsque le plus grand nombre de musées africains et africanistes auront adopté les normes proposées pour la documentation de leurs collections. A partir de ce précieux outil que constitue le manuel, les six musées pilotes développent ensemble un programme de formation aux normes et à la documentation qui devrait permettre rapidement de généraliser l'application des normes et la mise à jour des inventaires, réalisations essentielles dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, domaine prioritaire de l'action de l'ICOM. L'organisation d'un atelier de formation aux normes d'AFRICOM lors de la prochaine conférence du CIDOC à Nairobi sera une étape importante dans ce sens.