| CIDOC BULLETIN | Volume 7, aôut 1996 |
| [in English] |
Il est difficile de donner un aperçu correct de l'état de la documentation muséale d'une région africaine. Pour le faire, il faudrait disposer de données précises et actuelles, ou faire des études et établir des rapports, pays par pays, avant d'en tirer les conclusions qui formeraient une base pour des propositions ou un projet de programme d'action. N'ayant pas ces moyens, nous ne pouvons proposer que des réflexions d'ordre général accompagnées de quelques suggestions. Ce document de travail s'appuie sur notre expérience d'anthropologue de terrain et de professionnel de musée - au MRAC à Tervuren et au MNR (jadis INRS et IRSAC), d'enseignant en muséologie et en organisation de musées, et de membre actif de l'ICOM, particulièrement dans le cadre de la formation du personnel.
La documentation au Rwanda
Le développement des musées dans leur conception, comme dans l'accroissement
de leurs collections et dans l'élaboration de leurs différents services,
est fondamentalement marqué par les racines et l'histoire de ces musées.
Au Rwanda, comme dans quelques autres pays africains, les musées restent
sous l'influence de leur situation sous l'autorité administrative de tutelle
(ou, pour d'autres, coloniale). Pour apprécier la situation actuelle, il
est souhaîtable d'avoir quelques indications sur cette situation révolue.
Nous nous limitons ici aux musées de sciences humaines.
Les musées publics de sciences humaines (ou les "musées ethnographiques") au Rwanda comme au Burundi trouvent leur origine dans la création de l'Institut pour la Recherche scientifique en Afrique centrale (IRSAC) en Belgique en 1947 sous l'égide du Ministère des Colonies. L'Institut fut créé pour promouvoir la recherche scientifique fondamentale dans des domaines variés au Congo belge et au Ruanda-Urundi, territoires sous mandat des Nations-Unies. Plusieurs centres de recherches furent rapidement établis: le centre principal, siège de l'administration générale et centre des recherches physiques, à Lwiro (au Nord de Bukavu) (1950) et plusieurs centres régionaux à vocation particulière: l'Hydrobiologie au centre du [lac] Tanganika à Uvira (1948-49), la Botanique au centre de l'Equateur, à Mabali (lac Tumba), la Médecine à Elisabethville (l'actuel Lubumbashi). Bien que Lwiro et Uvira (au Zaïre mais tout près de Bujumbura) fussent proches, un seul centre fut établi au "Ruanda-Urundi": le Centre d'Astrida (l'actuel Butare), regroupant les recherches effectuées sur les deux territoires et faisant office de siège des recherches en sciences humaines. Plusieurs chercheurs en sciences humaines entreprirent des recherches dans les trois pays: Linguistique, Anthropologie sociale, Anthropologie physique, Préhistoire, Ethnomusicologie, Ethnohistoire.
La constitution de collections ethnographiques et préhistoriques commença
en tant qu'activité scientifique accessoire, comme une occupation de volontaires;
à l'occasion d'une visite royale on préparait une exposition; les recherches
étaient expliquées par des textes, des diagrammes et des photos et on exposait
des objets de l'artisanat local. Et puis l'exposition occasionnelle devient
permanente. A Butare, elle devient le "Musée du Pays du Ruanda";
à Gitega, au Burundi, on installe une exposition de caractère permanent,
le "Musée du Pays de l'Urundi". L'un et l'autre relèvent de l'IRSAC
à Butare, où se trouvent l'appareil documentaire, les magasins et les responsables.
Les deux collections font partie du même ensemble, la fiche de catalogue
est la même (cf. Annexe I), le fichier est à la fois catalogue scientifique
et inventaire administratif - il n'y a pas de registre d'inventaire séparé.
Les seules distinctions entre les deux pays sont la provenance des objets
et leur numérotation.
En 1958-59, à la fin de la première période causée par le départ des
initiateurs, la collection se fige pendant plusieurs années. Il n'y a plus
d'activités; les musées sont tout juste maintenus.
Jusque là les deux "musées"
n'avaient jamais figuré dans les programmes de recherche de l'IRSAC et
il n'était pas fait état de leur évolution dans les descriptions des recherches
des Rapports annuels officiels de l'institut ( 11 rapports de 1948 à 1958
). Les débuts du musée furent intelligents, mais ce qui précède explique
pourquoi ils furent également timorés et pourquoi les moyens mis en oeuvre
ainsi que le personnel disponible furent des plus réduits.
A partir de 1964, un chercheur entreprend des recherches - effectuées
de façon intermittente - sur la vannerie décorée et sur l'esthétique du
Rwanda ancien. La collection du "Musée du Ruanda" était très
pauvre en objets de vannerie. Alors que le Rwanda ancien avait connu une
vannerie très fine et raffinée, celle-ci avait disparu en grande partie,
pour des causes variées. Le chercheur organise à la fois la recherche et
la collecte de ses données et un développement de la collection du musée.
Voici comment :
1. Il recherche et travaille avec des femmes réputées avoir
été jadis des vannières de grande qualité. Parallèlement à leur activité
d'informatrices, il persuade certaines de reprendre une activité de vannière;
il les encourage à faire des objets de facture traditionnelle et de la
meilleure qualité. Un petit atelier est mis en place au musée pour y faire
des objets qui, soit par leur type, soit par leurs motifs ornementaux manquent
dans la collection et dont on pouvait présumer qu'ils étaient devenus introuvables.
2. Au musée - qui est presque toujours resté ouvert malgré les vicissitudes
- était attachée une petite boutique qui proposait des publications scientifiques
de l'institut et quelques objets de l'artisanat rwandais, neufs ou usagés.
N'ayant que très peu d'objets et peu de livres, elle fonctionnait à perte.
A partir de 1964-65 elle est réorganisée : la tenue d'un registre des achats
et ventes d'objets est imposée; les objets sont numerotés (le nº d'entrée
dans le registre correspondant à la succession des achats). Un petit bénéfice
est calculé, autant que possible, entre le prix d'achat et le prix de vente.
Dorénavant, les acquisitions pour la collection permanente sont payées
sur les bénéfices de la boutique.
Les collectes se font à plusieurs sources:
Les objets achetés sont consignés dans le "Registre
de la Boutique". Un minimum de renseignements y sont notés : date,
nom de l'objet, nom et qualité du vendeur, lieu d'origine, prix d'achat;
des colonnes sont prévues pour y ajouter soit le prix de vente, soit la
destination (le numéro d'une "collection d'attente", ou le numéro
de la collection permanente) et une colonne pour des remarques.
Un premier
tri est rapidement fait : d'une part, les acquisitions destinées à la boutique;
d'autre part, les objets intéressants (ou : "à voir ultérieurement")
qui sont gardés dans une "collection d'attente". Les instructions
aux "collecteurs" et aux "boutiquiers" sont claires:
priorité absolue doit être donnée aux collections de musée.. Chaque objet
intéressant doit être mis de côté. Au moment de l'acquisition, quand le
"collecteur" ou l'"acheteur" estime que l'objet est
intéressant et pourrait être conservé, il remplit immédiatement une fiche
complète [cf. Annexe II].
Périodiquement, des parties des collections d'attente
sont ventilées. On examine tantôt l'une, tantôt l'autre série d'objets
d'un même type ou d'un ensemble. Les objets sont comparés avec les objets
comparables de la collection permanente. On décide que tel objet entrera
dans la collection permanente, que tel autre sera envoyé à la boutique,
qu'un troisième sera maintenu dans la collection d'attente.
L'organisation, la construction et l'aménagement du nouveau Musée national du Rwanda (MNR) dorénavant séparé de l'institut de recherche (décision gouvernementale de 1972; séparé par le site, décidé en 1982; création de la Régie du Musée National du Rwanda par Arrêté présidentiel du 20 avril 1989), amena à examiner tous les objets et à transférer un nombre d'objets "en attente" dans l'ensemble permanent, et à les présenter dans les nouvelles salles d'exposition. Le nouveau musée fut officiellement inauguré et ouvert au public en septembre 1989.
Après les mois nécessaires pour huiler les nouveaux rouages, la documentation vint à l'ordre du jour. Le problème de la bibliothèque se posait (il y avait une bibliothèque scientifique à l'institut de recherches, et une autre à l'université, toute proche). La définition et la programmation de la documentation des collections dans son nouveau milieu s'imposaient aussi. Le projet d'informatisation était en bonne voie quand la catastrophe nationale s'est concrétisée à partir d'avril 1994. Quatre mois plus tard, les bâtiments du musée et ses collections étaient quasiment intacts. Le personnel avait su défendre cette partie essentielle de la mémoire nationale. Mais la boutique, les bureaux et les laboratoires avaient été pillés ou détruits. Les documents administratifs avaient été - apparemment délibérément - détruits. Avec les gens, cela s'est passé de façon bien plus dramatique: on sait que plusieurs d'entre eux ont été assassinés; on est sans nouvelles d'un certain nombre d'autres. Les deux techniciens hautement qualifiés qui s'occupaient depuis des années de la préservation des collections, des magasins et de la documentation, n'y sont plus. En fait, la majorité du personnel manquait à l'appel. Le directeur a.i., absent en avril 1994, a pu se cacher et fuir en "Zône Turquoise" (mai-juillet). Il a pu revenir et rouvrir le musée en août 1994. Il a fallu reprendre avec un nouveau personnel, hélas peu qualifié.
KabgayiLa collection essentiellement ethnographique du musée de l'épiscopat rwandais à Kabgayi (près de Gitarama, entre Kigali et Butare) avait été constituée dès les années '30 par des missionnaires catholiques intéressés. Quelques beaux objets avaient été donnés e.a. par la reine-mère Kankazi et par le mwami Mutara Rudahigwa. Commencée plus tôt que la collection nationale, elle est moins complète mais contient néanmoins un nombre d'objets intéressants et uniques et forme donc un complément de grand intérêt.
A part deux petits "guides concis" publiés (1946, 1984) à
l'intention des visiteurs et quelques petits carnets de notes personnelles
d'un ou de deux religieux (avec des notes très abrégées, guère compréhensibles
pour d'autres), il n'existe pas de documentation écrite sur la collection.
Les missionnaires qui ont réuni la collection sont décédés.
Nous n'avons pas de renseignements précis sur l'état actuel de ce musée;
mais il aurait été pillé.
![]() |
Tél.: + 32 2 769 52 52 Fax: + 32 2 769 56 38 + 32 2 767 02 42=09 |
| I.R.S.A.C. | I.W.O.C.A. |
1. Référence:
DESCRIPTION DE L'OBJECT
2. Nom:
3. Analyse: (matière, couleur, forme):
4. Procédé de fabrication:
5. Entrtien tradiotionel:
DESCRIPTION ETHNOGRAPHIQUE:
6. Nom africain:
7. Fabriqué par: (tribu, clan, classe, caste, sexe,
village, rôle social, etc.):
8. Epoque de fabrication:
9. Utilisé par: (tribu, clan, classe, caste, sexe,
village, rôle social, etc.):
10. Transmission (de 7 à 9):
11. Utilisation:
12. Contexe: (rituel, économique, etc.)
ACQUISITION
13. Lieu:
14. Récolteur:
15. Acquis de (statut de donateur, etc.):
16. Etat de l'object:
17. Date:
18. Prix:
[Anexe II: Fiche de collection utilisée à partir de 1968 ]
INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE MUSEE NATIONAL DU RUWANDA, BUTARE
Fiche de collection
1. Référence:
DESCRIPTION DE L'OBJECT
2. Nom:
3. Dimensions:
H. L. Lrg.. D.
Poids:
4. Analyse: (matière, colour, form):
5. Tehnique de fabrication:
6. Entretien traditionel:
DESCRIPTION ETHNOGRAPHIQUE:
7. Nom vernaculaire:
8. Fabrique par: nom:
clan:
sexe:
colline:
âge:
commune:
groupe etnique: préfecture:
rôle social:
9. Epoque de fabrication:
10. Utilisé par: nom:
clan:
sexe:
colline:
âge:
commune:
groupe etnique: préfecture:
rôle social:
11. Transmission (de 8 à 10):
12. Utillisation:
13. Contexte (rituel, économique, etc.):
ACQUISITION
14. Lieu:
15. Récolteur:
16. Acquis de (vendeur, donateur, son statut, etc.):
17. Etat de l'object:
18. Date:
19. Prix:
![]() |
![]() |
![]() |